dimanche 8 septembre 2024

Le Soldat Houot au front

Depuis que j'ai commencé mes recherches j'ai à coeur de dater un moment en particulier . Quand la vie de Georges a-t-elle  basculé? A quel moment précis  a-t-il été jeté  dans l'horreur de la guerre? 

Il y a quelques semaines,  j'ai contacté un historien, spécialiste de la guerre dans les Vosges,  dont j'avais repéré le nom sur un article de journal. Yann Prouillet, a pris beaucoup de son précieux temps pour répondre à mes questions. 

Maintenant je peux vous raconter avec certitude que le Fort d'Arches, qui abrite  Georges et toute sa 16ème compagnie du 170 ème régiment d'infanterie au début de la guerre, est préservé lors de l'année 1914 

Tant que Georges stationne au fort , sa vie était donc relativement tranquille à l'image d'un soldat dont le temps est rythmé par les exercices militaires et les tâches quotidiennes. Les corvées de lait à la ferme voisine se sont  même transformées en rendez-vous galants avec Valentine comme nous le savons déjà.

Sur cette carte vous pouvez situer les lignes de fronts ainsi que les forces françaises en bleu et allemandes en rouge. J'ai placé une croix verte pour pointer le fort d'Arches qui se situe à l'arrière (cliquez pour agrandir)

J'ai pu découvrir à quel moment exactement et pourquoi cette relative tranquillité a cessé  début 1915. D'après les journaux militaires de l'époque, le 1er mars 1915 la 16ème compagnie du 170ème régiment d'infanterie  reçoit l'ordre de rejoindre le 370ème régiment d'infanterie. 

On peut imaginer les adieux déchirants et remplis de promesse entre Georges et Valentine Peut-être même est-ce ,à ce moment-là, qu'ils se sont fiancés. 

  Extrait du Journal de marches et opérations du 370 ème RI consultable en ligne sur le site mémoire des Hommes:



 
 
Ainsi, le 2 mars 1915, Georges Houot, ses camarades soldats et leur lieutenant Pierre Couillaud (retenez ce nom) rejoignent leur nouveau régiment à Ramberviller. Le 370ème nouvellement formé prend la route de Baccarat, direction Neuve-maisons pour finalement cantonner dans le secteur de Badonviller à Neuviller les Badonviler.
 
 

 Sur cette carte j'ai noté en vert  le trajet effectué par Georges et sa compagnie pour rejoindre le front à Neuviller- les- Badonviller. (cliquez pour agrandir)
 
Le secteur de Badonviller est particulièrement éprouvé dès le début de la guerre. Détruit, attaqué, pillé par les soldats allemands , repris à plusieurs reprises par les français il est l’enjeu d’une bataille féroce qui le laisse ravagé avec de nombreuses victimes aussi bien militaires que civiles.  
 


J'ai retrouvé un témoignage d'  Emile Fournier , Maire de Badonviller en mars 1915 qui écrit:

"Après une période calme, qui se prolongea jusqu’en février 1915, les Allemands montrèrent à nouveau de l’activité dans notre région.
Le 21 février 1915, ils envoyaient sur la ville 30 obus de gros calibre qui ne firent que des dégâts matériels.
Les 27 et 28 février,1er, 2, et 3 mars suivants, ils attaquaient en force le secteur notamment la Chapelotte, Neuviller et le Chamois, établissant leurs lignes à proximité de Badonviller (1500 mètres au maximum).

Vous comprenez ainsi pourquoi le 370ème régiment arrive en renfort. C'est ici, en ce début de mars 1915 sur le front de Neuviller les Badonviller que les combats de la première guerre mondiale ont véritablement commencé pour notre aïeul, le soldat Georges Houot.

Dans le prochain article, je vous emmenerai avec lui dans les tranchées du bois du Feys à 1500 mètres des allemands.

   Notre histoire dans l'Histoire...A suivre....                                      

 

jeudi 18 avril 2024

Dans les coulisses de mon enquête ♡2

Une courte vidéo pour vous raconter ma découverte, au printemps 2022,  du Fort d'Arches où se trouvait la compagnie de Georges au début de la guerre. Je vous en ai parlé dans cet article La rencontre de Georges et Valentine.

Dans cette vidéo certains feront la connaissance d'un autre Georges, le fils du frère de Valentine qui a repris la ferme familiale. Cette vidéo arrive tardivement mais comme un petit hommage car malheureusement Georges nous a quittés en février 2023. 

Merci à sa famille ( nos cousins éloignés) d'avoir pris le temps de discuter avec nous et de m'avoir confié des documents qui me serviront pour la suite de ma quête généalogique.

Merci à Isabelle, son infirmière et enquêtrice généalogique passionnée, d'avoir pris le temps de le questionner. C'est grâce à elle que je sais comment Georges et Valentine se sont rencontrés.

Bon visionnage!

 


dimanche 27 août 2023

1914, Georges rencontre Valentine

Dans ma dernière vidéo ICI  je vous avais relaté  comment j'avais réussi à découvrir dans quel régiment et où Georges avait débuté la guerre.

Photo des archives familiales colorisée. Georges est le soldat de droite.

En août 1914 nous retrouvons donc Georges soldat au 170ème régiment d'infanterie dans la 16ème compagnie. Alors que tout le reste du régiment  prend la route, Georges et sa compagnie sont stationnés dans un fort vosgien.

Dans la page de présentation du Journal de Marches et Opérations du 170 ème régiment d'infanterie  il est effectivement bien précisé que la 16ème compagnie dont fait partie Georges reste au Fort d'Arches au début de la guerre.

 Extrait du Journal de Marche et opérations du 170ème RI consultable en ligne.

 

 Effectifs du fort au moment de la mobilisation:

Infanterie: 2 officiers et 112 soldats du 170ème RI ( dont Georges)

Artillerie: 4 officiers et 237 soldats du 8ème régiment d'artillerie à pied

Génie et services divers: 3 télégraphistes

Soit un effectif de 388 hommes.

 

Les 112 soldats et les deux officiers du 170ème RI tiennent le fort d'Arches qui fait partie du rideau défensif de la Haute-Moselle. Il est rattaché à la place forte d'Epinal comme position avancée. Se trouvant  au-dessus des villages d'Arches et de Pouxeux, c'est l'un des rares ouvrages à recevoir , à cette période et avant les autres, de nouveaux armements, technologies et renforcements modernes ( poste optique, usine électrique, betonnage armé, ventilation, tourelles de projecteurs....)

Merci à un des membres du forum 14-18 d'avoirs sorti de ses archives cette photo originale du fort. Les canons de 120 L modèle 1878 sont à l'abri des vues derrière le rempart et peuvent être amenés en position grâce à l'emploi d'un treuil et de la rampe inclinée visible.

 

Si vous avez été attentifs à la photo ci-dessus , vous allez certainement, comme moi, réagir en revoyant la suivante.


Eh oui, maintenant nous savons que non seulement cette photo de Georges date de 1914 quand il était au 170ème RI mais aussi qu'elle a été prise à l'interieur du Fort d'Arches devant l'escalier et le plan incliné servant à hisser les canons sur le parapet du Fort.


En cet été 1914, à 800 mètres du fort où les troupes sont mobilisées, au lieu-dit Haussey-Fosse, il y a une ferme isolée dans une clairière où vit la famille Colin.

 

Voici un bout d'arbre généalogique reconstitué avec les données dont je dispose actuellement. Les parents Colin, François Colin et Anna Colin ( née Lecoanet) ont 6 enfants. 5 filles ( Marie, Mathilde, Marguerite, Léonie et Valentine) et un garçon ( Georges)


En fouillant les actes d'état civil j'ai découvert qu'en 1914, Marie et Mathilde les soeurs ainées, sont déjà mariées et elles ont donc quitté la ferme. Grâce aux descendants de Georges le fils, qui habitent toujours la ferme, j'ai appris que François le père et donc mon arrière-arrière-grand-père était décédé avant la guerre. Il se serait noyé, ivre, dans cours d'eau du coin, en décembre 1913. 

Les témoignages que j'ai pu recueillir évoquent que la ferme Colin fournissait des denrées à l'armée. Ainsi, en ce début de guerre , alors que les soldats traversaient la forêt jusqu'à la ferme pour y chercher du lait, ils pouvaient y rencontrer trois jeunes femmes: Marguerite 23 ans, Léonie 19 ans  et Valentine 16 ans mon arrière-grand-mère. Je me permets d'imaginer que les échanges avec les demoiselles Colin rendaient la corvée de lait beaucoup plus attrayante.  Je pense aussi  le soldat Georges Houot s'est évidemment souvent porté volontaire puisque la suite de la petite histoire dans la grande Histoire nous a montré qu'il était tombé sous le charme de la benjamine, la jolie Valentine. 

C'est ainsi qu'à la faveur d'un cantonnement au temps de la première guerre mondiale est née, en 1914,  une histoire d'amour dans notre famille.

 
Notre histoire dans l'Histoire...A suivre

 

mardi 13 septembre 2022

Dans les coulisses de mon enquête ♡1

Une petite video pour vous raconter les coulisses de mon enquête pour retrouver Georges en 1914. 
Découvrez comment, avec l'aide de passionnés, et de heureux hasards j'ai réussi à savoir dans quel régiment le soldat Houot a débuté la guerre.
Bon visionnage!







 

dimanche 31 juillet 2022

Il avait 23 ans en 1914

A la fin de mon premier article, nous avions laissé Georges et Valentine, jeunes mariés à Pouxeux dans les Vosges, en septembre 1918. Je vous propose de remonter encore un peu plus le temps et de retrouver Georges en 1911. 

A cette époque Georges est garçon de café à Nancy et c'est l'année de ses 20 ans. Comme tout jeune français de cet âge, l'heure de la conscription est venue. En effet, après la défaite de 1870 contre la Prusse allemande et la perte de l'Alsace-Moselle, la France a fait des efforts financiers et matériels pour réorganiser l'armée. Cependant comme il y a  encore trop peu d'engagés volontaires dans l'armée de métier la France a rendu obligatoire le service militaire en 1905.

En décembre , Georges se présente au bureau de recrutement d'Epinal, est recensé et déclaré apte par le conseil de révision.Il fait ainsi partie de la classe 1911 ( hommes nés en 1891 et  aptes au service militaire à 20 ans)

Fiche de recrutement militaire de Georges Houot trouvée dans les archives en ligne des Vosges. Cette fiche est malheureusement reconstituée car une partie des archives des Vosges a brûlé pendant la seconde guerre mondiale. On ne peut y trouver aucune information sur les campagnes militaires auxquelles Georges a participé, ce qui a bien compliqué mon enquête. Par contre on y apprend qu'à 20 ans Georges était garçon de café à Nancy et on peut y lire quelques indications physiques. Je vous laisse cliquer ici: Fiche matricule Georges Houot

 

A l'automne 1912, l'ensemble de la classe 1911 est appelée au service militaire . En octobre, Georges et ses camarades percoivent leur équipement et se retrouvent  soldats de l'armée active française pour une durée de 3 ans....Du moins, c'est ce qu'ils imaginaient alors...

Les livres d'Histoire expliquent qu'entre 1871 et 1914 l'impérialisme développé par les pays européens surtout en Afrique et la montée en puissance de l'Allemagne destabilisent un certain équilibre. En France, il n'est question que de revanche contre l'Allemagne pour récupérer l'Alsace et la Lorraine, régions perdues lors de la guerre de 1871. Dans les empires austro-hongrois et ottoman déclinants, les différentes populations (hongroises, serbes, tchèques, etc.) revendiquent leur indépendance. Le 28 juin 1914, l'assassinat de l'Archiduc François-Ferdinand, héritier de l'Empire d'Autriche-Hongrie par un Serbe nationaliste met le feu aux poudres, entraîne un mecanisme d'alliances en cascades et précipite l'Europe dans la première guerre mondiale.

 

 

Le 2 août 1914, pour la toute première fois, une mobilisation générale est décrétée en France.

 


Le 3 août 1914, l'Allemagne déclare la guerre à la France. 

Contrairement à 1870, l'armée française, forte de ses nombreux effectifs, peut couvrir les frontières avec l'armée active dès la déclaration de guerre. La mobilisation est rapide et en 17 jours, du 2 août au 18 août 1914, 3 millions d'hommes sont habillés, équipés, armés et transportés vers la frontière franco-allemande.

 



Dans tout cet attirail porté par le fantassin, on remarque le fameux pantalon rouge garance accusé à tort d'être responsable de l'hécatombe de 1914, le fusil à baïonnette mais surtout l'absence de casque en ce début de guerre. 

J'ai eu la chance de retrouver dans une vieille boîte en métal de la maison familiale cette photo. Georges est à droite avec sa belle moustache et ses cheveux gominés. Après des recherches qui feront l'objet de prochains articles, je sais maintenant que cette photo date du tout début du conflit. Aucun grade n'est encore visible et comme l'indique son col, il est fantassin au 170 ème régiment d'infanterie.


Voici la photo colorisée par un bénévole d'un groupe facebook de recherches militaires. Merci à Cyril du blog Genealomaniac.


Nous sommes donc en 1914. Quelle émotion, cette photo a 108 ans! Instantané d'un moment historique, elle méritait bien un article pour poser le contexte. Elle  symbolise le début de l'horreur et la destinée cauchemardesque de millions d'hommes. Elle ancre notre histoire familiale dans l'Histoire.  Georges mon arrière-grand-père a 23 ans et il est envoyé au front. C'est la destinée bien cruelle de millions de jeunes impliqués dans ce conflit armé. Combien reviendront? 

Le prochain article nous emmenera sur le théâtre des opérations. Je fouille les archives, je déchiffre de vieilles cartes postales, je rencontre de la famille éloignée...Cela prend beaucoup de temps mais c'est passionnant.

 Notre histoire dans l'Histoire...A suivre....


 


jeudi 11 novembre 2021

9 septembre 1918 ♡ Georges et Valentine se marient

En ce 11 novembre 2021, je publie mon premier article de généalogie comme un hommage à toute une génération, celle de mes arrières-grands-parents, qui a vécu la tourmente de la Première Guerre Mondiale.
 
 
Georges et Valentine sont mes arrières-grands-parents maternels. Si j'ai bien connu Valentine, Georges est "mort pour la France" en 1936 suite à une maladie pulmonaire causée par les attaques aux gaz dans les tranchées pendant 14-18.
Aujourd'hui je mène l'enquête et grâce aux témoignages, aux cartes postales et photos gardées par les uns et les autres et à la magie d'internet, je découvre et transmets notre histoire familiale dans l'Histoire.

 
 

Mobilisé de la première heure à l'âge de 23 ans, comme toute une génération de  français, Georges a vécu l'horreur des quatre années du conflit. Depuis l'été 1914 sa douce vit au rythme des cartes que le jeune homme rédige régulièrement et qui  la  rassurent un temps...Fiancés au tout début de la guerre, les amoureux échangent des mots doux et des promesses, ne se retrouvant que lors de très rares permissions de Georges.


Cartes postales envoyées par Georges à Valentine. Merci à Anne-marie Allegrini pour les copies

 

La guerre se prolongeant, le gouvernement prend des mesures pour faciliter les unions projetées par les fiancés. Ainsi, à partir d'août 1916, l'Etat accorde des permissions exceptionnelles pour les mariages. En septembre 1918, après quatre longues années d'attente pendant lesquelles la guerre cristallise toutes les peurs, Georges, cantonné avec le 23ème régiment d'infanterie en Alsace,  a enfin la possibilité de rejoindre les Vosges pour s'unir à sa belle.

Le Soldat Houot au front

Depuis que j'ai commencé mes recherches j'ai à coeur de dater un moment en particulier . Quand la vie de Georges a-t-elle  basculé? ...